L'idéologie impérialiste, nationalisme et national-socialisme



I

La nouvelle offensive du nationalisme espagnol dans les territoires basques occupés obéit à des causes et des circonstances bien déterminées. La classe dirigeante considère que: 1/ Le plan d'adaptation et de stabilisation du régime franquiste a été réalisé dans ses grandes lignes. 2/ Le risque de fracture a disparu de la société espagnole, l'ancienne opposition s'est ralliée aux vainqueurs et aspire seulement à se rendre utile et à obtenir sa juste part dans l'assiette au beurre. 3/ Le "problème basque" est sous contrôle, la résistance nationale étant maintenue au niveau infrastratégique avec le concours direct ou indirect, acheté ou récupéré du conglomérat “Pnv-Eta”. 4/ L'opposition et la conscience nationales n'ont pas pour autant disparu ni même diminué, “comme elles auraient dû le faire” sous le monopole de la violence, le terrorisme d'Etat, le conditionnement idéologique, la soumission économique, la “décentralisation” et la corruption administratives, la répression exaspérée de toutes les libertés et, avant tout, du droit fondamental de libre disposition, premier de tous les droits humains et condition préalable de tous les autres. 5/ Si l'actuelle absence de stratégie et de classe politique condamne l'opposition démocratique du pays occupé à l'inefficacité et aux ersatz de résistance politique, on ne saurait garantir qu'une nouvelle situation ne pourrait se produire qui modifierait la distorsion entre base sociale, classe politique et stratégie, modifiant par là-même le rapport de forces établi. 6/ Les conditions de possibilité, nécessité et urgence absolue sont ainsi réunies pour une nouvelle offensive, destinée à briser les reins, avant qu'il ne soit trop tard, aux forces de liberté que la guerre, la dictature du général Franco et de ses héritiers ne sont pas parvenues à éradiquer.

Ce qui attire ici cependant notre attention c'est le comportement des nationalistes français, qui ont immédiatement emboîté le pas à leurs alliés. Nationalistes espagnols et nationalistes français se détestent et se méprisent mutuellement, mais leur objectif commun, la liquidation du peuple basque, les oblige à collaborer.

Si, au Maroc de l'expansion impérialiste européenne, l'impérialisme espagnol jouait le rôle de sous-locataire de l'impérialisme français, c'est ici le colonialisme français qui fait figure de parent pauvre du colonialisme espagnol, dont il assume le rôle complémentaire et assure les services auxiliaires de répression, propagande et appui logistique. Bien content de ramasser les retombées d'une aussi glorieuse entreprise. Si, depuis la décomposition du despotisme oriental en Espagne sous les coups de l'invasion française, la classe dirigeante s'efforce de suivre le modèle français, les tendances et les initiatives du nationalisme espagnol sont de plus en plus étroitement adoptées par leurs alliés du Nord.

Comme suite aux initiatives du pouvoir franquiste, la "gauche" nationaliste a montré de nouveau sa vraie nature. Ce qui n'implique pas sur le fond un apport novateur quelconque. Ce que disent ici et maintenant Espilondo, Maitia et Borda, ce que les monopoles médiatiques diffusent aujourd'hui, à l'abri de toute opposition possible, c'est la même chose que le national-socialisme traditionnel et la "droite" nationaliste ont toujours dit, on l'avait entendu partout où l'impérialisme français a mené sa criminelle entreprise à l'encontre de la liberté des peuples. Surtout lorsque les partis "de gauche" remplissaient leur mission spécifique en allant jusqu'au bout des tâches que la droite officielle abandonnait en de si bonnes mains. Or, partout, la "gauche" nationaliste a su prendre la tête de la répression et de la guerre contre le “nationalisme” des autres.



II

«Je suis antinationaliste, de la même façon que d'autres sont anticapitalistes. Comme le disait Jaurès, dans mon opinion le patriotisme porte en soi la violence comme les nuages portent la tempête. Je ne dénie pas à ces gens le droit de penser différemment, je leur dénie le droit a la violence. Celui qui prend une arme connaît les risques, qu'il les accepte et c'est tout, et qu'il n'envoie pas les gens pleurer ou manifester. Il n'y a pas de nationalistes durs ou modérés, il n'y a que des nationalistes et c'est tout, et il faut les isoler. Le nationalisme est la peste de la bourgeoisie basque. Ils se diront de gauche, mais ils s'allient au Rpr. Ils ne font exploser de rire. Ils ne sont que des nationalistes et c'est tour. Nous condamnons l'alliance de la majorité sortante et des nationalistes, j'y vois des alliances contre nature. Nous n'acceptons pas les compromissions électoralistes et le double langage de certains. Pourquoi pas si c'est pour bien faire? Nous devons être méfiants. Nous ne devons pas oublier que Hitler arriva au pouvoir par la voie démocratique. Nous devons nous méfier de ceux qui répandent des idées de haine. Les nationalistes entrent dans les municipalités pour pervertir les fondements de la démocratie française. S'ils choisissaient leur propre liste, dans le respect de la démocratie, je serais d'accord. Mais il y a aujourd'hui danger si ces gens rentrent dans les institutions démocratiques qu'ils nient. Je voudrais bien voir si ces gens vont le 11 Nov. devant les pierres du souvenir, s'ils se mettent au garde-vous quand les trois couleurs du drapeau français montent au mat, aux accords de la Marseillaise, s'ils s'inclinent devant ceux qui ont lutté pour la République française. C'est aussi faire le choix d'une certaine éthique politique. J'ai toujours fait le choix de la fidélité aux valeurs démocratiques, du contact permanent avec le terrain et du parler vrai. Dans la clarté, toujours dans la clarté. La vie politique doit être claire. Je refuse le double langage. Le basque a disparu parce que les gents ne lui trouvaient aucune valeur. D'aucuns disent que parler basque était pénalisé. Mais mes parents tenaient un commerce à Mauleon et là tous parlaient en basque comme ils le voulaient. L'égalité demande une langue que connaissent tous. Dire que le basque doit être dans le service public montre une claire connotation politique. En plus, cela ne changera rien. Allons-nous mettre à Anglet un fonctionnaire parlant le basque pour dix malheureux Basques? Une solution peut être d'obliger massivement la population, mais je crains que derrière ces mesures seront les objectifs nationalistes. La langue basque fera des progrès quand elle ne sera plus sous la coupe des nationalistes. Le basque ne doit pas être séquestré par personne. Je ne suis pas d'accord pour enfermer le basque dans un ghetto communitaire. Le latin et le grec sont enseignés, et voyez dans quel état ils sont. L'Education nationale s'est montrée très ouverte. Seaska ne l'accepte pas, parce qu'il joue avec une perspective politique.» Ainsi parle Espilondo, porte-parole, théoricien et représentant du PsF et de la "gauche plurielle" nationaliste. On y reviendra, sur les textes «de Jaurès» et sur le reste.

Le PcF ne pouvait pas prendre du retard sur les ci-devant social-traîtres et social- chauvins du PsF, dont il avait adopté, en les dépassant, toutes les idées les plus réactionnaires. Pour fonder et justifier leur soutien sans réserve au nationalisme impérialiste et au terrorisme d'Etat français, sa bureaucratie ne pouvait toutefois en référer au social- opportuniste bourgeois Jaurès, moins encore, et pour cause, à l'autorité, toujours gênante et désormais peu recommandable, de Lénine.

«Les communistes condamnent avec vigueur le terrorisme, les assassinats, le racket pratiqués par l'Eta. Durant les sommets de Biarritz et de Nice les nationalistes basques se sont livrés à des violences inadmissibles en particulier en profanant le monument aux morts d'Anglet. Les nationalistes refusent de condamner les actes de l'Eta. Le nationalisme est un danger. Les nationalistes ici comme ailleurs en Europe et dans le monde visent à faire de l'autre un étranger, un ennemi. Il y aurait les «purs» qui adoptent le projet indépendantiste et les autres (y compris basques) qui sont voués à être des cibles. C'est en cela que le nationalisme est dangereux qu'il s'apparente au fascisme. Les indépendantistes ne sont pas de gauche ils sont de droite extrême. Dès lors nous dénonçons les alliances douteuses entre les nationalistes et les maires de droite. Avec Camblon c'est pire qu'avec la droite. Les communistes continueront avec beaucoup d'autres à combattre le nationalisme, le terrorisme. Ils persisteront à agir pour la paix, pour un Pays Basque heureux, pour promouvoir la culture basque dans son ensemble (langue, sport, art culinaire etc...).» On y reviendra aussi.

On reconnaît aisément, dans ces propos de la «gauche» nationaliste, les thèmes et les méthodes idéologiques favoris du franquisme espagnol. Si on a cependant reproduit ce ramassis d'injures, de mensonges et d'infamies, caractéristiques de la propagande et du terrorisme idéologique fascistes, c'est d'abord parce qu'ils mettent à découvert, de façon remarquable, la haine du peuple basque, de la liberté nationale et de la démocratie, le mépris total de la vérité historique, sociologique ou politique, qui animent les partis nationalistes. Il s'agit pour eux de procéder au conditionnement de leur clientèle réelle ou virtuelle, de canaliser et développer la xénophobie nationaliste, la haine, l'agressivité et les réflexes xénophobes et chauvins contre le peuple basque.

Toujours aussi équivoque et malhonnête, délibérément truquée et trafiquée, la nouvelle vague de propagande nationaliste vise à tromper les patients à l'abri des monopoles étatiques de violence et d'intoxication de masse. Il n'y a pas là matière à étonnement ou prétexte à scandale. Le nationalisme-impérialisme n'a que faire d'une quelconque "honnêteté" idéologique. L'impérialisme est une entreprise criminelle de domination nationaliste contre la liberté des peuples, fondée et établie par la violence, qui se réalise aussi idéologiquement, y compris par la confusion, le mensonge, la dissimulation et la calomnie. Les nationalistes français "de gauche" sont allés sur cette voie aussi loin qu'on peut le faire. Ils ont débordé les techniques d'usage dans leur «droite» officielle. Ils ont adopté et adapté la propagande nationaliste du parti franquiste officiel espagnol et de ses comparses national-socialistes.

Quand on parle de nationalisme, de violence, de terrorisme et de fascisme, il n'y a pas de nationalistes français de droite ou de gauche, de patriotes et d'antipatriotes, de civils et d'ecclésiastiques, de violents et de pacifiques, de militaristes et d'antimilitaristes, de conservateurs bourgeois et de révolutionnaires ouvriers. Il n'y a que des nationalistes, il n'y a qu'un Parti nationaliste français, ayant tous adopté les valeurs et les buts du fondamentalisme chauvin.

De quelque côté qu'on prenne ces concepts leur seul élément univoque, actif et significatif c'est le nationalisme français, c'est la démagogie et le chauvinisme petit- bourgeois au service de l'impérialisme étatique de la grande bourgeoisie nationaliste. C'est l'effort pour fausser et ruiner en théorie et en pratique le droit humain fondamental de libre disposition des peuples, tâche prioritaire des idéologues et politiciens des partis nationalistes au pouvoir.

Si les nationalistes parlent et agissent ainsi, c'est qu'ils peuvent le faire, et qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Bien entendu, ils aimeraient bien ne pas être «obligés» de procéder de la sorte. Ils aimeraient mieux fonder idéologiquement leur domination sur la libre adhésion des populations et sur le respect du droit de libre disposition des peuples. Ils voudraient bien établir l'idée de leur empire national sur l'histoire authentique et sur les données sociologiques, bien mieux que sur les mythes ou les apologies mensongères dont ils ont gavé de force des populations sans défense. Ils préféreraient utiliser la persuasion, le dialogue, le discours rationnel et le langage clair, qu'ils doivent à tout prix éviter, au lieu du monologue imposé et du terrorisme idéologique et politique dont ils ne peuvent se passer. Mais le système impérialiste est un tout. Ses défenseurs sont des gens sérieux. Ils ne se font pas d'illusion sur son compte, ils n'ont pas le choix, ils savent de quoi il en retourne. Sans les monopoles politiques, économiques et idéologiques qu'ils se sont octroyés et qu'ils ont imposé aux autres, c'en est fait de leur domination. Après des années et des siècles de monopole des moyens de violence, de propagande, d'endoctrinement et d'intoxication, le nationalisme français n'est pas en mesure d'avouer aux peuples ce qu'il est réellement et de quoi vraiment son pouvoir est fait.



III

L'impérialisme ne peut pas montrer devant tous la vraie nature de son pouvoir, l'origine et le fondement de sa «légalité» et de sa «légitimité». Il doit dissimuler et fausser la réalité, les sources, les finalités et les moyens du système de domination nationaliste dans les territoires occupés et annexés, le fond des problèmes dont il est la cause.

Le pouvoir établi par la guerre, le terrorisme, l'occupation, la conculcation criminelle des droits humains et historiques des peuples, la loi du plus fort cyniquement affirmée, le mépris du droit international de libre disposition des peuples, premier des droits humains et condition préalable de tous les autres, l'agression contre l'intégrité et l'indépendance des Etats, la destruction des caractères nationaux par la violence, l'import-export des populations, la mainmise sur l'économie et la culture, ce sont ces faits historiques et sociologiques qui sont à la base du présent régime politique d'occupation, et qui conditionnent et ordonnent toutes ses formes. Des faits que l'idéologie nationaliste ne peut pas assumer, qu'il doit nécessairement arracher des consciences.

A leur place, l'impérialisme doit faire rentrer et enraciner dans les consciences la nation dominante une et unique, l'origine et le fondement démocratiques, non-violents et non- nationalistes de l'occupation coloniale, la légitimité de l'Etat qui en est l'auteur et le bénéficiaire. Il doit réduire au néant, dans l'idée, la nation et l'Etat subjugués, présenter la résistance démocratique de tous ceux qui ne rampent pas devant le nationalisme impérialiste comme fasciste, agressive, violente et nationaliste, salir et diffamer tout ce qui reste de liberté, de dignité et d'esprit d'indépendance chez le peuple opprimé.

Lourde tâche, même si tout est permis là où le monopole de la violence établit et assure le monopole idéologique.

L'endoctrinement des masses est d'autant plus efficace que connaissance, science, culture, enseignement, information et communication, administrativement réprimées et dirigées, ne font qu'un avec la propagande et le conditionnement psychologique des masses au service des intérêts du gouvernement, que ses agents-fonctionnaires assènent la pensée unique et exclusive alors que toute critique et toute donnée objective se trouvent écartées par la violence, la peur, l'ignorance et la corruption, que la prétendue opposition se charge de dire ce que le pouvoir souhaite qu'on dise.

Le conditionement des masses doit brouiller et étourdir les consciences, empêcher toute pensée indépendante et critique de s'exprimer; tant ses idéologues sont convaincus de leur incapacité (théorique) pour affronter la plus élémentaire vérité historique el politique. Leur action cherche à boucher les trous par où pourrait s'infiltrer un reste d'information et de connaissance, même les plus immédiates et élémentaires, sur la réalité du pouvoir que le nationalisme français, avec l'inestimable concours de son partenaire espagnol, exerce sur la nation basque. Les monopoles administratifs s'évertuent à occuper et saturer l'espace audiovisuel, à produire le bruit et les nuages de fumée rendant impossible toute communication susceptible de faciliter la prise de conscience des populations sur les vrais questions et les vrais responsabilités. Les provocations nationalistes cherchent à détourner la résistance démocratique de ses tâches réelles, à fixer, neutraliser, user l'adversaire. Pour cela, la simple masse idéologique et même la faiblesse et la stupidité de la pensée constituent des atouts de plus en plus efficaces, en face de populations sans défense, abêties par de siècles de propagande à sens unique. Les injures, les insultes, les propos diffamatoires que les agitateurs nationalistes sont de plus en plus obligés d'utiliser, visent avant tout à prendre l'initiative et à porter l'offensive idéologique sur le terrain de l'adversaire, à faire diversion pour dévier l'attention de l'opinion du fond des problèmes.

Propagande et guerre psychologique, ruine de la mémoire historique et de la conscience collective des peuples, dogmatisme et obscurantisme, destruction de la raison, détournement, confusion et perversion du langage et des concepts, annihilation du sens critique, conditionnement, lavage de cerveau, endoctrinement, bourrage de crâne et intoxication de masse font un ensemble inhérent à l'idéologie impérialiste, et dont aucun élément n'est superflu. C'est l'expression de la domination sociale et du monopole impérialiste de la violence mis en place.

L'idéologie nationaliste-impérialiste ne vise pas la vérité ou la connaissance, mais la domination sur les peuples et la disparition des hommes libres. Plus les patients seront bêtes et plus ils seront faibles et plus ils seront soumis. Il suffit de constater l'ampleur des dégâts sur une opinion publique sans défense pour mesurer la redoutable efficacité dont font preuve les services de conditionnement monopoliste des masses.



IV

La mise à contribution des “allogènes russifiés”, dont parlait Lénine, qui sont censés connaître le terrain et “forcent la note en l'occurrence”, est aussi de tous les temps, dans tous les pays occupés. Convertis, néophytes, soumis, vendus et renégats de tout poil vont toujours plus loin que leurs maîtres et modèles dans les tâches qui leur sont imparties. L'allogène russifié “lâche dédaigneusement des accusations de “social-nationalisme” (alors qu'il est lui- même non seulement un vrai, un authentique “social-national”, mais un brutal argousin grand-russe)”. L'allogène francisé lâche dédaigneusement des accusations de nationalisme à l'encontre des nationaux de la nation opprimée, alors qu'il est lui-même non seulement un vrai, un authentique nationaliste, mais un brutal oppresseur au service de la nation dominante. Le mépris et la haine toute naturelle des nationalistes envers les peuples opprimés se trouvent encore renforcés, chez les renégats, par la rancune, les complexes et les implexes spécifiques de leur psychologie propre.

Le mépris passif et le mépris de soi sont l'adaptation du colonisé au mépris du colonisateur. Pour la mentalité impérialiste, le “portrait du colonisé” est le “portrait du colonisateur” en négatif. Le colonisateur est l'inverse positif du colonisé. Or, selon Memmi, “La première tentative du colonisé est de changer de condition en changeant de peau. Un modèle tentateur et tout proche s'offre et s'impose à lui: précisément celui du colonisateur.” “L'ambition première du colonisé sera d'égaler ce modèle prestigieux, de lui ressembler jusqu'à disparaître en lui.” “L'amour du colonisateur est sous-tendu d'un ensemble de sentiments qui vont de la honte à la haine de soi. L'outrance dans cette soumission au modèle est déjà révélatrice”. “Le colonisé ne cherche pas seulement à s'enrichir des vertus du colonisateur. Au nom de ce qu'il souhaite devenir, il s'acharne à s'appauvrir, à s'arracher de lui-même”. “L'écrasement du colonisé est compris dans les valeurs colonisatrices. Lorsque le colonisé adopte ces valeurs, il adopte en inclusion sa propre condamnation. Pour se libérer, du moins le croit-il, il accepte de se détruire. Le phénomène est comparable à la négrophobie du nègre, ou à l'antisémitisme du juif”. Il en résulte “l'effort obstiné du colonisé de surmonter le mépris (que méritent son arriération, sa faiblesse, son altérité, il finit par l'admettre), sa soumission admirative, son souci appliqué de se confondre avec le colonisateur, de s'habiller comme lui, de parler, de se conduire comme lui”.

Le nationaliste français de souche part d'un sentiment “positif” envers “la puissance et la grandeur” de son pays. Ce qui induit en lui un sentiment négatif de mépris et de haine envers le peuple dominé, qu'il perçoit en tant qu'obstacle, corps résistant à son propre “développement”. Le renégat part d'un sentiment négatif envers son pays d'origine, dont dérive un sentiment “positif” envers le peuple “supérieur”, susceptible de l'arracher à ses misérables racines, en arrachant aussi pour plus de sécurité les racines et la terre. Le nationaliste français de souche est français d'abord, anti-basque par voie de conséquence. Le renégat est anti-basque avant tout, français ensuite. Il deviendrait n'importe quoi d'autre, pourvu qu'une quelconque puissance lui paraisse en mesure de détruire ce pays d'origine dont la liquidation est pour lui condition nécessaire de normalisation, justification et récupération culturelle, psychologique et sociologique.

Ce n'est que de façon inadéquate que certains font usage à ce propos des termes comme «collaboration-collaborateur». Bonnard, Bousquet, Brasillach, Brinon, Bucard, Cousteau, Darnand, Déat, Deloncle, Doriot, Drieu, Laval, Luchaire, Pétain, Rebatet, Suarez et tant d'autres ont été des collaborateurs, et fiers de l'être. Eux aussi ont légitimé et renforcé l'occupation, participé à la répression dans leur propre pays. Mais ils n'ont jamais prétendu que c'était là un régime démocratique, non-violent et non-nationaliste. Ils n'ont jamais essayé de démembrer leur pays au profit des Etats voisins. Ils n'ont jamais voulu l'annexer au Reich. Ils n'ont jamais dit que les Allemands étaient des Français avec une sensibilité différente et que leur parti national-socialiste était en France un parti aussi français, légitime et démocratique que les autres. Ils n'ont jamais qualifié la langue allemande de langue de la République et le dialecte français de langue régionale faisant partie du patrimoine allemand. Ils n'ont jamais fait chanter aux enfants des écoles «Deutschland über alles» en hommage à leurs ancêtres les Teutons, devant des monuments à la gloire de la Wermacht. Ils ont même dit et pensé qu'ils savaient et pouvaient manier et berner les occupants au profit de la France et conserver l'empire français sous protectorat allemand. Ce serait leur faire affront que de les mettre dans le même sac que ceux qui dans les territoires basques occupés font carrière en s'affairant délibérément et en toute conscience à la liquidation pure et simple de leur peuple d'origine. Il ne faut pas mélanger les genres, en mettant collahorateurs et renégats dans le même panier.



V

Le PsF et le PcF condamnent désormais les "alliances électorales douteuses et les compromissions électoralistes» entre la “droite” nationaliste française et les “nationalistes” (basques), qui pourraient remplacer les compromissions et les alliances (non douteuses) au profit de la “gauche” nationaliste, condamnées à leur tour, comme il se doit et dans l'inversion des termes, par la «droite» nationaliste. Il faut noter que, dans ces accouplements pervers, divers et complémentaires, c'est le “nationalisme” basque qui est l'élément maudit et condamné, dont l'alliance est alternativement déshonorante pour les composants du Parti français, et non le contraire. Ces reproches et ces hommages de la “gauche” nationaliste à sa “droite” (mais néanmoins française), et de la «droite» nationaliste à sa «gauche» (mais non moins française), montre, une fois de plus, que la vraie alliance ou, plus exactement, l'identification, non seulement formelle et électorale, mais permanente, fondamentale et stratégique, c'est celle de la “gauche” nationaliste française avec sa “droite” nationaliste, c'est celle de l'union sacrée nationaliste-impérialiste de la bourgeoisie nationaliste et son Etat militariste et prédateur, contre la liberté des peuples et la démocratie en général. C'est aussi l'alliance, dont le nationalisme français ne peut se passer, avec l'Etat espagnol et les forces franquistes au pouvoir.

«Il faut les isoler”, c'est le mot d'ordre des nationalistes à l'encontre de tout indice de résistance à l'impérialisme. C'est une innovation considérable et un soulagement certain, pour un avenir rassurant. La mission historique des partis nationalistes “de gauche”, au Pays Basque et ailleurs, a toujours consisté à fausser le jeu et brouiller les cartes, à confondre, dévoyer, détourner, récupérer, exploiter, corrompre, pénétrer, diviser et, finalement, ruiner la résistance démocratique des mouvements de libération des peuples. Au moment de la guerre impérialiste de 1936, la “collusion des rouges et des séparatistes”, tant de fois décriée et condamnée par la propagande de la Croisade fasciste, n'a pas été suffisamment dénoncée et combattue par les partis de la “gauche” nationaliste d'Espagne et de France, c'est le moins qu'on puisse dire. La fermeté et la rigueur, le sens de la clarté et de l'isolement, qui est le plus remarquable apport de l'actuelle “gauche” nationaliste, faisant manifestement défaut à l'époque, leurs prédécesseurs s'étaient efforcés de “concilier” les exigences de la guerre contre le fascisme avec le souci d'empêcher l'établissement de républiques indépendantes de fait ou de droit au Pays Basque et en Catalogne. La victoire du général Franco ainsi assurée, tous les résistants basques se souviennent des temps fort prolongés où l'on ne pouvait marcher dans la rue, ni même rester à la maison, sans avoir affaire aux commandos, travestis, sangsues et pots de colle du nationalisme espagnol et français “de gauche”, tous débordants de compréhension, de sympatie et d'alléchantes promesses pour le Pays Basque, dont la liberté “avait comme préalable la chute de Franco, la démocratie ou la révolution socialiste en Espagne et en France”. La liberté des peuples, fondement de la démocratie, était toujours «reconnue» comme accessoire, éventuelle et différée. En réalité, la “lutte prioritaire contre Franco, pour la démocratie et pour le socialisme”, cachait malle refus du droit de libre disposition des peuples, visait à récupérer et à détruire leur lutte pour la liberté nationale. Le maintien, à tout prix, des annexions au profit des Etats impérialistes était le fondement inamovible de tout projet politique “démocratique”. Avec, pour conséquence, le sabordage de la lutte contre le franquisme et pour la démocratie, au profit de la “réconciliation nationale” et de la continuité de l'acquis politique fasciste. On sait ce qu'il en est advenu, à ce jeu, de la “révolution démocratique, socialiste ou communiste”.

Il y en a eu, pourtant, des naïfs pour s'y laisser prendre, des malins pour collaborer et des renégats pour se vendre, au niveau individuel, bureaucratique ou corporatif. Cela fait quarante ans que le Pnv n'a d'autre ligne politique ou idéologique que celle que le PsoE et le parti franquiste traditionnel lui marquent. Cela fait autant que son corollaire, l'Eta, a été souvent investi, en toute impunité, par les agents individuels et collectifs des partis nationalistes espagnols et français. Les “compagnons de route” ainsi désignés ont rempli la mission qui leur était impartie, au profit du “front démocratique de gauche” avec l'impérialisme et autres lubies réactionnaires de même acabit. Les pièges “dualistes” sur la démocratie, le socialisme et la question nationale, de plein gré acceptés, avalés et répercutés par le groupe Pnv-Eta, ont fabriqué des collaborateurs, des déserteurs et des transfuges à la chaîne, et causé des dégâts difficiles à surestimer.

Or, depuis vingt ans, cette tactique a perdu de son efficacité. Les résultats de la “transition” intra-totalitaire espagnole ne sont que trop évidents. Nationalistes espagnols et français ont pu enfin se laisser aller à leurs penchants et affinités naturels contre la liberté des peuples et, en particulier, du peuple basque. Le nationalisme du PsF a atteint des sommets trop manifestes. L'ancien PsoE n'est plus que la mouture de la Falange Espagnole, qui avait investi ses dépouilles dans les années soixante. Des accords internationaux entre partis et gouvernements national-socialistes, à Paris, à Madrid ou à Latché, ont ouvert les yeux de beaucoup, et des suites sans ambiguïté ont réduit, sinon anéanti, la marge de manœuvre. Quant au PcF, ce n'est plus qu'un résidu informe, qui essaie désespérément de se renflouer en arrachant la clientèle de l'extrême droite officielle, au moyen d'une surenchère nationaliste sans précédent. “Nahiz ez düdan esküin bozkatzeko üsantxarik, ezkerreko binagre nahasi hori beno nahiago nüke hor esküineko ardo sano bat”, écrit Davant.

Des “naïfs” qui vingt ans auparavant se félicitaient de “l'arrivée de la gauche au pouvoir en Espagne et en France”, une arrivée “qui ouvrait des nouvelles perspectives de liberté pour le peuple basque”, ont été incapables d'expliquer ou de dissimuler la réalité. Ils sont devenus (relativement) rétifs à la séduction nationaliste “de gauche” ou sont passés ouvertement du coté de l'impérialisme. Tous ceux qui, par ignorance, naïveté ou mauvaise foi, ont participé à ces manœuvres sont ainsi confrontés à des textes et des attitudes qu'ils ne pourront pas facilement tergiverser.

Il faut bien le remarquer, pour ne pas se tromper sur les suites prévisibles: si les “alliances” avec l'impérialisme semblent traverser maintenant un moment difficile, ce n'est pas comme résultat d'une quelconque autocritique ou altération “révisionniste” des groupes aux étiquettes basques qui s'y sont engagés, mais comme conséquence de l'initiative, du renforcement et de l'agressivité des organes d'occupation et du Parti français, tous désormais convaincus que, avec des incapables et des minables de cette espèce, tout rapport autre que la répression pure et dure est aussi inutile que préjudiciable. C'est bien d'ailleurs l'opinion, souvent plus poussée encore, aujourd'hui généralisée de par le monde.

Il suffit, cependant, d'entendre les lamentations des laissés pour compte, sur «les trahisons incompréhensibles et les accords contre nature”, il suffit d'observer leurs attentes et sollicitations, pour qu'aucun doute ne soit permis sur leur volonté de poursuivre ou de revenir sur la même voie, pour peu que leurs chers maîtres leur en laissent encore la possibilité.



(A suivre).

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